Au Pérou, Glencore Xtrata licencie 35 employés suite à la création d'un syndicat

Communiqué de presse de MultiWatch, 5 février 2014

35 employés d'une filiale de Glencore-Xstrata au Pérou ont été licenciés après avoir participé à la fondation d'un syndicat. L'entreprise a offert de les réintégrer à condition qu'ils se distancient par écrit du syndicat. Malgré des tentatives de corruption, cinq des syndicalistes, parmi lesquels leur président, ont décidé de résister et ont déposé plainte auprès du Tribunal administratif. Multiwatch a appelé la direction suisse de Glencore Xstrata à prendre des mesures immédiates pour veiller au respect des droits syndicaux.

Le 23 novembre 2013, un groupe de travailleurs de la mine Xstrata Antapaccay dans la province péruvienne d'Espinar ont fondé le « syndicat des travailleurs fonctionnaires de la société minière Anrapaccay », SINTRAMINA (Sindicato de Trabajadores Funcionarios de la Compañía Minera Antapacay). Peu après que le syndicat ait été officiellement inscrit auprès de la direction régionale du travail à Cusco, les 35 membres fondateurs de ce dernier ont reçu entre le 29 novembre et le 2 décembre la résiliation de leur contrat de travail.
Quelques jours plus tard, la filiale de Glencore Xstrata au Pérou proposait la réintégration des travailleurs licenciés, à condition que ceux-ci s'engagent par écrit à se retirer du syndicat en signant une lettre préparée à cet effet par les avocats de l'entreprise. Dans cette lettre, il pouvait notamment être lu que les travailleurs « avaient été trompés » et croyaient rejoindre une organisation de la société civile plutôt qu'un syndicat.

Tentatives de corruption à travers les avocats de l'entreprise minière
28 des travailleurs concernés ont voté en faveur de cette proposition et ont été réintégrés à l'entreprise. Deux travailleurs ont renoncé à leur place et cinq autres ont refusé de signer la lettre et n'ont pas été réintégrés à l'entreprise. Parmi eux, le président du syndicat, Cosme Bayona. Il explique cette décision comme suit : « il s'agit du principe de reconnaissance de notre droit à la liberté d'association. Les avocats de l'entreprise nous ont proposé individuellement de l'argent en échange d'un retrait de notre plainte, mais nous ne voulons pas de cet argent. Nous voulons des garanties que Glencore Xstrata respecte pleinement nos droits en tant que travailleurs, aussi bien maintenant que dans le futur. C'est pourquoi, en plus de la reconnaissance du syndicat, nous demandons notre réintégration immédiate dans la mine Antapaccay ».

Peu avant Noël, les avocats de la filiale de Glencore Xstrata préparaient une autre lettre au nom des anciens membres du syndicat, dans laquelle ils demandaient aux autorités compétentes d'annuler l'inscription officielle du syndicat en raison de l'absence de la quantité minimum légale de 20 membres. Les cinq travailleurs licenciés déposaient le 27 décembre 2013 une plainte constitutionnelle (Amparo) auprès du Tribunal administratif de Cusco, dans laquelle ils demandaient leur réintégration ainsi que le respect de leurs droits syndicaux. Cette procédure en cours.

Pratiques antisyndicales depuis la prise de contrôle en 2006
Selon les membres restants du syndicat SINTRAMINA, la filiale de Glencore Xstrata, Xstrata Antapaccay a déjà violé par le passé les droits des travailleurs en ayant recours à des licenciements abusifs et à l'intimidation ainsi qu'à l'ingérence dans les affaires internes de syndicats, pour en empêcher l'organisation.
Les conditions de travail dans la mine ont commencé à se détériorer après que Xstrata, à l'époque encore sous le nom de Xstrata Tintaya, rachète la société minière à BHP Billiton en 2006.
L'ancienne direction de Xstrata Tintaya avait alors informé les 450 travailleurs de l'entreprise qu'ils seraient désormais considérés comme des «employés de confiance," un changement de satut impliquant notamment une interdiction de participer à des négociations collectives sur les salaires et les conditions de travail.

Selon la Cour Suprême du Pérou, un « employé de confiance » doit être en contact direct avec la direction de l'entreprise et lui être directement subordonné, sans intermédiaires. Il a en outre accès à des documents confidentiels qui ont à voir avec le processus de production, le commerce ou le cœur du travail de l'entreprise. Troisièmement, il doit être chargé de tâches qui impliquent qu'il doive communiquer à propos d'affaires de nature substantielle directement à la direction.
Mais quelle entreprise subordonne 450 employés de confiance à sa direction sans intermédiaires ?

Golda Fuentes, membre du comité de l'organisation de défense des droit humains Multiwatch souligne que ce cas montre comment des entreprises telles que Glencore Xstrata agissent dans des pays où l'Etat de droit est faible: « Il est scandaleux que dans le monde des affaires, bien insuffisamment réglementé et derrière des portes closes, un tel mépris du droit du travail et des droits humains devienne une stratégie des avocats de puissantes entreprises ».

Glencore Xstrata doit veiller à ce que ses filiales respectent les droits syndicaux
De par son comportement, la filiale de Glencore Xstrata montre qu'elle n'hésite pas à recourir à des moyens douteux pour empêcher la formation de nouveaux syndicats dans son entreprise. Le fait qu'elle porte ainsi gravement atteinte à la liberté d'association syndicale ne semble pas la préoccuper spécialement. MultiWatch demande à Glencore Xstrata d'intervenir immédiatement auprès de sa filiale péruvienne, afin de veiller à ce que les droits du travail et syndicaux soient pleinement respectés, que le syndicat récemment fondé soit reconnu et que les cinq travailleurs illégalement licenciés retrouvent leur place de travail.

Pour plus d'informations
MultiWatch, info@multiwatch.ch

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